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Three Days Road Joseph Boyden (le Chemin des Âmes)

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Aussi prenant que The Orenda, parlant d'une autre guerre. Xavier Bird et Elijah Whiskyjack, deux jeunes trappeurs Cree s'engagent dans l'armée canadienne et se retrouvent au front, en 1916 en Belgique. De part leur expérience et endurance, ils se retrouvent vite scouts, snipers, à l'aise dans  le no man's land  entre leurs tranchées et celles des Allemands.  Une narration extrèmememt sophistiquée, avec les voix croisées de Xavier, revenu seul avec une jambe en moins et morphinomane, "la maladie du soldat" et de Niska, sa tante,  shamane qui essaye de le sauver de lui-même, même si elle se sent impuissante comme guérisseuse à trouver un remède à une telle désespérance. Xavier décrit les horreurs des tranchées, Niska lui raconte sa vie passée pour qu'il se reconnecte avec son monde, sa forêt, sa rivière. Un contraste saisissant entre ces paysages dévastés de la Somme où plus rien ne pousse et la nature luxuriante du Nord de l'Ontario.  Xavier est un ...

The Arrow of Gold Joseph Conrad (la Flèche d'Or)

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The Arrow of Gold. Un peu de nostalgie de Marseille m'a fait revenir au seul roman qu'il ait situé là-bas, alors qu'il y a vécu quatre ans et qu'une part du livre est autobiographique. Extraordinaire portrait de Doña Rita fait par deux hommes qui la connaissent et ne savent toujours pas comme la décrire, comment l'appréhender. Toute la profondeur de sa psychologie, comment il peut amener une différente façon de voir par une simple inflexion de la voix,  le dit et le non-dit, vus à travers les yeux de "Monsieur George", le narrateur, qui écoute fasciné ce qu'on lui présente comme une déesse, mais avec force grincements de dents.  Je pense que Conrad a réellement vécu une telle histoire d'amour, cette fameuse banquière du Prado. Sans doute parce que sa description des transports amoureux est juste trop vraie pour n'avoir pas été vécue. Son impuissance à l'atteindre m'a fait penser à cette sentence de Borges : "Moi, qui fut tant d...

Malicroix Henri Bosco

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Ainsi mon être se recomposait et ce mouvement de retour s’accomplissait si délicatement que, pour la première fois de ma vie, il me semblait que je pensais avec mon corps. Je touchais et je savourais cette pensée et l’équilibre était si pur de mes sens et de mon esprit que je me croyais à la fois raisonnable et incorporel. Précaire sensation qui m’émerveillait. Elle me procurait un léger délice. Puis ce délice s’effaça. Mon corps glissa de la pensée au sentiment et du sentiment à la douceur d’être. Il n’en resta dans ma raison que cette saveur un peu matérielle du bon sens, où d’ordinaire nous nous complaisons. Et je me mis à réfléchir de nouveau comme un homme. De la meilleure foi du monde, j’essayais d’y voir clair.   Une pensée puissante, lente à s’assouvir, ressassant chaque mot, chaque intonation. Mais un indéniable appel à la spiritualité de ce monde, un panthéisme qui me rappelle autant Ramuz que Giono ou Hamsun. Quelque chose dont je me sens proche, qui m’appelle . Elle me ...

Confieso que he vivido Pablo Neruda (J'avoue que j'ai vécu)

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  - Managua est la ville où on trouve les livres qu’on ne cherche pas. Dans les quartiers dévastés par le tremblement de terre de 72 et laissés à l’abandon depuis, se construit maintenant “Nuevo Managua”, ambitieux projet immobilier de grands hôtels, centres commerciaux, banques et casinos. II y a un “mall” à l’américaine dans lequel nous allons manger pour gagner du temps. Je hais ce genre d’endroit, et plus encore au Nicaragua. Quand on y entre, on se demande avec lassitude à quoi a servi la révolution. Tous ces morts, toutes ces souffrances pour aboutir à ça ? Au sous-sol, à l’entrée des parkings, il y a un stand de bouquiniste. A l’extérieur, dans la fumée des pots d’échappement. C’est d’ailleurs le seul commerçant de tout le batiment qui vende des livres. C’est là que j’ai rencontré Pablo Neruda.  Confieso que he vivido . Ce que je veux dire par là, c’est que dans le sous-sol de merde de ce centre commercial de merde dont en plus je ne voulais rien savoir, j’ai trouvé un ...

Inherent Vice Thomas Pynchon

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  Cette deuxième lecture vient après avoir vu le film de Thomas Paul Anderson et si je l'avais trouvé aussi bon, c'est bien parce qu'il suit à la lettre le récitatif et les dialogues de Pynchon. Qui s'est fait plaisir dans celui-là. Vient après Vineland (qu'Anderson a aussi dirigé, un admirateur), toujours cote ouest, L.A. qui vient de découvrir Charles Manson et les Vigilentes de Nixon. Comme un roman de Chandler revisité Freaks Brothers. Le détective privé, Larry "Doc" Sportello, consomme un peu trop de drogues pour sa santé mentale, d'autant qu'il est pris dans un imbroglio où il question de kidnapping, lavage de cerveau, conspiration, sans parler d'un holding asiatique qui inonde le pays d'héroïne, du FBI qui sert sa propre soupe et de "Bigfoot" Johnsen, un flic avec lequel il entretient des rapports déroutants et percutant (pour tous les deux).  Inherent Vice est certainement le plus amusant de ses romans. Les dialogues entr...

To Kill a Mockingbird Harper Lee (Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur)

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- Livres à l'index en Floride : Slaughterhouse 5 de Vonnegut, Catch 22 de Heller, Orwell, bien sûr, Harper Lee, même Mark Twain !! Les comités "Mothers for America" font le ménage en grand. Ils n'en sont pas encore à brûler les livres, mais on s'en approche. Le retour du MacCarthysme.  Je pense que tous ces écrivains seraient fièrs d'être interdits par de tels blaireaux. Catch 22 est sans conteste le roman le plus hilarant que j'ai jamais lu. Kurt Vonnegut Jr était effectivement à Dresde quand le bombardement allié a vitrifié la ville, tuant plus de gens qu'à Hiroshima.  Harper Lee nie les différences de race. Orwell, n'en parlons pas. Mais Mark Twain ?? Huckelberry Finn ?? Apparemment le seul esprit critique dont les mânes sont encore suffisamment puissantes pour gêner les nouveaux maitres. Ce qui est, là encore, un motif de gloire. Harper Lee, donc. Merci aux Mothers of America, je ne l'avais jamais lu, pas même une vague curiosité, un truc e...
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  J'ai enfin compris à quoi servaient les points virgules ! Chez Yourcenar, elle permet d'envelopper plusieurs propositions, aussi complexes soient-elles, entre deux points. Disons un même thême, ou présentation d'un personnage. Les différentes propositions sont articulées en point-virgule, le point final signifiant la fin de la séquence. Enfin, je crois. C'est superbement écrit, la manière dont elle fait passer d'un personnage à l'autre la croyance d'appartenir et la désillusion de la solitude. Un très beau texte, profond, avec cet autre glissement sémantique, éthique, qui amène de la renonciation à la révolte, nécessairement. Nécessairement : "Si ta vie devient un désastre, apprends !" Car chez elle toute révolte commence avec la connaissance, la Renaissance, thème majeur dans l'Oeuvre au Noir, considéré comme son chef-d'oeuvre. Mais quelle belle langue, quelle qualité, quelle précision dans l'écriture ! Il y a des sculpteurs parmi le...