To Kill a Mockingbird Harper Lee (Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur)
- Livres à l'index en Floride : Slaughterhouse 5 de Vonnegut, Catch 22 de Heller, Orwell, bien sûr, Harper Lee, même Mark Twain !! Les comités "Mothers for America" font le ménage en grand. Ils n'en sont pas encore à brûler les livres, mais on s'en approche. Le retour du MacCarthysme.
Je pense que tous ces écrivains seraient fièrs d'être interdits par de tels blaireaux. Catch 22 est sans conteste le roman le plus hilarant que j'ai jamais lu. Kurt Vonnegut Jr était effectivement à Dresde quand le bombardement allié a vitrifié la ville, tuant plus de gens qu'à Hiroshima. Harper Lee nie les différences de race. Orwell, n'en parlons pas. Mais Mark Twain ?? Huckelberry Finn ?? Apparemment le seul esprit critique dont les mânes sont encore suffisamment puissantes pour gêner les nouveaux maitres. Ce qui est, là encore, un motif de gloire.
Harper Lee, donc. Merci aux Mothers of America, je ne l'avais jamais lu, pas même une vague curiosité, un truc entre blancs et noirs en Alabama à l'époque des lois de Jim Crow.
C'est passionnant. Vu à travers le regard d'une gamine de dix ans dont le père, Atticus, homme de lois, doit défendre un noir accusé d'avoir violé une blanche. Des termes qu'elle apprend sans vraiment les comprendre, comme "rape" ou "nigger-lover", un adjectif qu'on donne de plus en plus à son père. Ayant perdu sa mère très jeune, elle est élevée en partie par Calpunia, une gouvernante noire. On se perd un moment dans ses souvenirs de jeunesse, la fascination pour les voisins d'en face dont le fils ne sort jamais, les jeux de rôle pour des gamins qui lisent plus qu'il est souhaitable (la maitresse d'école qui se plaint que son père l'éduque !), toute une enfance heureuse perturbée par cette antagonisme entre noirs et blancs qui se dessine de plus en plus dans son quotidien.
La gamine est un garçon manqué qui n'hésite pas à se servir de ses poings quand les siens sont déconsidérés. Elle a aussi ce vice inimaginable pour une fille en Alabama à cette époque : elle lit, elle aime lire, elle dévore tout ce qui lui tombe sous la main et je me demande si ce n'est pas la première objection des Mothers of America, plus encore que l'absence de racisme dans ses jugements. Lire autre chose que la Bible est un acte subversif. Y prendre plaisir vient probablement du diable.
Le coté autobiographique vient de Dill, qu'elle et son frère retrouvent chaque été. Truman Capote, qui fut son confident et son mentor littéraire toute sa vie (et le contraire, elle l'a soutenu pendant l'écriture de In Cold Blood) les trois jouant des pièces, inventant des histoires, s'effrayant de peurs imaginaires. En dehors de tout contexte, c'est une lecture délicieuse, la jeunesse d'une gamine s'éveillant au monde, sans doute un peu trop intelligente pour le monde qui l'entoure. Questionnant sans cesse, rebutée par ces réponses imparfaites dont elle ne se satisfait pas. Camus disait, pas de plus beau spectacle qu'une intelligence en prise avec une réalité qui la dépasse. C'est ce qui fait le charme de ce roman, en plus de cette si désirable ingénuité. Jean Louise, "Scout" comme elle est connue dans le voisinage, qui regarde le monde avec cette ouverture d'esprit peu courante alentours. Je crois que c'est ce coté autobiographique qui est le plus prenant, le plus personnel. Elle n'a rien publié d'autre pendant quarante ans. C'était son histoire, celle qu'elle avait envie de raconter. Une belle histoire, en plus.
- En fait, c'est à Bradbury que je pense, Farenheit 451, la température à laquelle le papier commence à brûler. Cette résistance où chacun apprend par coeur un livre pour le faire perdurer quand tous ses exemplaires ont été consumés. Si on en croit les oracles, cette forme de résistance devient chaque jour de plus en plus nécessaire, indispensable.To kill a Mockingbird fait partie de ces livres qu'il faut préserver.

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