Que ma Joie Demeure Jean Giono


Un Giono aussi poétique que Regain, mais avec un regard différent. Ce personnage de Bobi qui apparait au milieu de nulle part, et que pourtant Jourdan le paysan attend de toute éternité. Quelqu'un qui le fasse changer, lui ouvre les yeux, à lui et sa femme Marthe. Bobi est un saltimbanque, comme il se doit, capable de pirouettes et d'extravagance, toutes choses tellement étrangères dans cette ferme sans saveur ni enfants qu'il y est accueilli comme s'il était enfin de retour.

Les récoltes qui se succèdent dans une même rengaine où on accumule plus par défaut d'imagination que par réelle nécessité. Que fais-tu de ton grain en excès, si c'est juste pour le transformer en monnaie-papier ?

Et Bobi en jette un plein sac pour nourrir les oiseaux, Bobi fait planter des narcisses et des aubépines pour redonner des couleurs à la terre, Bobi ramène un cerf qui va émerveiller le voisinage. Bobi libère les chevaux de l'étable. Il est le magicien qui ramène de la joie là où il n'y avait plus que l'ennui des saisons et des jours.

Lire Giono n'est pas pour les coeurs faibles qui croient pouvoir passer un bon moment en Provence. C'est fort, c'est violent même dans sa description des espèces qui peuplent les alentours. Une richesse du bestiaire comme du vocabulaire, pour ceux qui ne savaient pas qu'une yeuse est une variété de chêne vert où le renard aime se frotter avant que vienne l'hiver. À vrai dire la richesse d'un monde disparu. Où sont passé les loutres, les fouines et tous ces oiseaux qui peuplaient ces forêts ? Il peut en nommer des dizaines et le ciel parait bien vide, ces jours-ci. J'ai toujours considéré Giono comme un chantre de la nature, mais il prend une teinte différente quand les produits chimiques ont dévasté toute la chaine du vivant, depuis le ver de terre jusqu'à l'épervier. C'est comme s'il parlait d'un monde depuis englouti et son enthousiasme à le décrire est encore plus douloureux. 

Mais c'est d'une poésie qui me rappelle Bosco, comme Ramuz, cette foi incontournable dans le pouvoir qu'à la terre de se régénérer, à nous recréer à chaque printemps dans sa glaise primordiale. Les odeurs, les saveurs, les sentiments, quelque chose que Jean Giono manie à la perfection. J'ai toujours été fasciné par la complexité de son écriture, qui semble pourtant d'une telle simplicité. Que ma joie demeure.

 


 

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