A Perfect Spy John Le Carré (Un Espion Parfait)


 

 

 

 

 

 

C'est ma troisième lecture d'un roman que je considère comme son chef d'oeuvre. La confession écrite d'un espion sur ce qui a fait de lui un agent double, sur ce qui a fait de lui ce qu'il est devenu, attendant sans impatience le moment où il les entendra monter les étages et briser sa porte. D'un point de vue qualitatif, c'est au-dessus des rues. Le rythme, les dialogues, les situations, les points de vue, les réminiscences. La maitrise totale de la narration.

La manière dont la trame se dessine peu à peu, les rapports ambigus qu'il entretient avec sa femme et surtout la description extraordinaire qu'il fait de son père, là où la réalité  rejoint la fiction. Car le père de David Cornwell, aka John Le Carré, était un personnage de roman. Beau-parleur, escroc, homme à femmes, millionaire un jour, le lendemain en prison. Et la vie du petit garçon qu'il était, balotté entre ses mères putatives et les revers de fortune, quand il fallait tout quitter et filer au milieu de la nuit...

Le Carré a réussi un extraordinaire tour de passe, de faire un authentique roman d'espionnage, son dernier, son chant du cygne, tout en payant tribut de belle manière à ce père impossible qu'il ne saura jamais vraiment s'il doit l'aimer ou le haïr. 

Parce que c'est un chant du cygne. Tous ses romans écrits sur la Guerre Froide sont devenus caduques après la chute du Mur de Berlin. L'Espion qui venait du Froid? Les intrigues de Smiley ? La fin de l'URSS, qui était son gagne-pain, l'a laissé le bec dans l'eau.

Et c'est là où il a sû complètement se réinventer. En plus de ses autres qualités, A Perfect Spy est le livre de transition qui, en faisant un certain nombre de deuils, lui a permis de rebondir. Le suivant est The Russia House, où il est encore question d'espions, mais où nait sa nouvelle problématique : comment se comporter quand une personne ordinaire est prise dans une situation extraordinaire, ainsi que sa fluctuante définition de ce que peut être A Decent Human Being. Une recherche éthique qui le rapproche de Conrad, même s'il va dans d'autres directions. Single&Single, The Night Manager, The Constant Gardener, tous ses romans suivant vont vers cette même recherche. Ce qu'il pense être un gentleman, un homme gentil ? Et il n'oublie pas de régler ses comptes, avec un fond de colère qui gronde de plus en plus, l'âge venant. (Il a d'épais sourcils, ce qui rend ses colères encore plus impressionnantes, d'autant qu'elles sont justifiées) Un  écrivain fabuleux, relégué le plus souvent sur les rayons "roman d'espionnage" comme Chandler s'est retrouvé prisonnier du genre littéraire qu'il avait suscité. 

A Perfect Spy reste pour moi à la fois la charnière de son oeuvre, et un de mes plus beaux souvenirs de lecture. J'en suis à la troisième, c'est dire. La virtuosité, la maitrise totale de la narration, l'humour, la finesse des analyses... On appelle ça un chef d'oeuvre, dans le sens de quelque chose d'inégalé. 





 

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