The Tree of Smoke Denis Johnson (Arbre de Fumée)
Fantastique. Une enviable maitrise de la perspective et une folie que je ne peux contrer. C’est son meilleur bouquin avec Fiskadoro. Une façon de voir, un point de vue unique. Et il est nettement plus probant quand il cherche à rentrer dans la peau d’un Vietnamien que dans la peau d’un Nica. Stars at Noon était vraiment peu convaincant, sinon pour quelques passages fabuleux, quand parfois il sait dire. Celui-ci est vraiment fort, impressionnant. Les personnages en surimpression, avec quelle facilité ils passent du tragique au dérisoire, de la tendresse à la surdité. Enviables, détestables, ennuyeux, redondants, ils ne laissent pas indifférent.
Denis Johnson est fou. Cela ne fait aucun doute dans mon esprit. Il cite Artaud et Cioran, encourageant la même sorte de folie. Personnellement une telle folie me manque. J’en perçois les échos, les fulgurances. Je pourrais presque la dessiner. Néanmoins elle m’échappe et c’est ce qui en fait la saveur. Elle devient désirable. Je n’envie pas Johnson comme écrivain, même si je reconnais sa maitrise. J’envie sa folie, la manière particulière qu’il a d’agencer le monde, d’ordonner le monde. Fiskadoro m’avait laissé bouche bée, pantelant. Je n’avais rien compris à ce livre, mais il m’avait profondément touché. Dans Tree of Smoke je perçois le dessein, l’impertinence du propos, la fréquence (j’allais dire la fragance). Je retrouve comme dans Jesus’s Son cette écriture de boxeur, qui feinte et feinte encore, et tout à coup on en prend un en plein plexus, qui vous laisse sans voix, sans souffle, s’interrogeant.
Dans ce sens proche de Bukovski, mais il maitrise mieux la distance. Il combat mieux. Bukovski comme tacticien, Johnson comme stratège. Le résultat est décoiffant. A la hauteur d’Easton Ellis, sans la morbidité et plus subtil dans son maniement du destin et de ses nécessités. Un grand écrivain, aussi nécessaire qu’inquiétant, un futur de la littérature auquel personne n’avait jusque là pensé. Un espoir, pour tout dire. Il est bon de savoir que la pensée puisse ainsi se renouveler.
Commentaires
Enregistrer un commentaire