The Star Rover (The Jacket) Jack London (le Vagabond des Etoiles)

 



En train de lire un jack London extraordinaire, the Star-Rover (the Jacket) Une histoire à la fois terrible et merveilleuse, comme lui seul sait le faire. Un quiproquo qui fait qu'un détenu est soupçonné d'avoir introduit de la dynamite dans la prison et qu'il est torturé sans relâche par les gardiens pour lui faire avouer où il l'a cachée. Il est de plus condamné à mort. Leur méthode est de l'enfermer dans une camisole de force serrée au maximum pendant plusieurs jours, sans boire ni manger. The Jacket. La manière dont il décrit l'univers carcéral de San Quentin ne laisse aucun doute sur ce qui s'y passait. Il interpelle le lecteur en lui demandant s'il sait ce qui se passe derrière ces murs, qu'il paye de ses impôts. Voilà pour le terrible. Pour le merveilleux : le pauvre hère à qui on réserve en permanence ce supplice devient une sorte de yogi qui peut s'échapper de son corps et naviguer parmi les éons, touchant les étoiles une à une avec une baguette de verre (The Star-Rover). Il redescend chaque fois que ses tourmenteurs l'interrogent, puis repart au gré de ses vies passées, car il se souvient de plus en plus de ses vies antérieures et là, dans le noir, enfermé dans une camisole, il revit des épisodes d'autres temps quand il était empereur ou mendiant, moine d'une doctrine interdite, assassin à solde, jeune garçon perdu dans un convoi de colons. Une posture qui me rappelle L'Innommable de Becket, mais l'esprit dans ce corps contraint, immobile, ne montait pas si haut chez lui.

La démonstration est claire : chaque fois que ses tortionnaires le réveillent pour lui faire avouer ce qu'il ne sait pas, il leur sourit et demande à serrer plus fort ses liens. Qu'il puisse retourner dans les étoiles ou une de ses vies passées. La liberté de l'esprit face à la stupide coercition des hommes. Même s'ils le tuent, que lui importe ? Une autre vie l'attend. C'est le London du Talon de Fer, engagé, socialiste, et en même incapable d'échapper à la mystique, cherchant sa propre voix au milieu de ses contradictions. Le résultat est décoiffant, en plus d'une érudition sans faille, parlant d'un moine arianiste au Concile de Nicée ou d'un noble français perdant la vie dans un duel au moyen-âge, ou encore d'un anachorète qui se souvient de Jerusalem à l'époque du Christ. C'est vraiment dans sa manière de conter, la façon dont il entraine le lecteur à partager ses douleurs et plaisirs, ses interrogations et ses certitudes. À naviguer à travers les âges comme s'il y était lui-même, de toute éternité. Qu'on soit à piétiner dans la neige dans le Klondike ou le prêtre d'une religion oubliée, à la limite du désert, il a une manière de dire qui fait qu'on rentre dans le personnage qu'il décrit. Le même genre de magie qui nous vient avec la lecture de Call of the Wild, quand tout à coup on se met dans la peau  d'un chien. Un conteur fabuleux, de ceux qui nous entrainent tellement loin de nous-même qu'on croit avoir le pouvoir de se réinventer. Devenir autre.

 


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