L'Ane-Culotte Henri Bosco
À lire l'Ane-Culotte, j'arrive presque à me réconcilier avec cette foutue humanité. Cette simplicité dans le touché de l'écrivain, dans la description des sentiments, les attentes comme les peurs. Les adjectifs précis, la phrase bien balancée, les comptines qui viennent égayer la narration. Un régal, quand on se dit que le Français est décidemment une belle langue, surtout quand elle maniée d'aussi délicate façon. La musique particulière des mots provençaux, une sorte de bonté intrinsèque qui vient autant des sermons du vieux curé que des senteurs des fleurs sauvages, j'en avais les larmes aux yeux. Je continue à découvrir Bosco avec toujours autant de plaisir.
Je comprends pourquoi les instituteurs des trente glorieuses l'avaient inclus dans la liste des livres à lire. Je ne crois pas l'avoir lu en sixième. Maintenant, c'est simplement impensable. La richesse du vocabulaire, une botanique et un bestiaire impossible pour des citadins n'ayant jamais quitté la ville. Même des moeurs qui, au mieux, leur paraitraient bizarre. Et pourtant un livre d'une reposante simplicité entre cause et effet, avec une belle cadence où tout coule de source et les saisons se succèdent sans heurts, au moins jusqu'à ce que le garçon passe le pont interdit et monte sur le dos de l'âne.
Car c'est là ma principale objection. À partir de là, on rentre de plein pied dans l'irrationnel, et je pense que plus d'un maitre d'école s'est posé la question de savoir s'il devait vraiment proposer ce livre à ses élèves. Il devient question d'un meneux. Un terme utilisé au Moyen-Age pour parler d'un homme qui parle aux bêtes, aux plantes, qui les mènent. Les plus redoutés étaient bien sûr les meneurs de loups. Et c'est là où Bosco sort du cadre. Là où les maitres d'école divergent. Superstitions !
Là où, bien sûr, il devient passionnant. Je pensais que l'Ane-Culotte était un conte provençal aussi basique qu'une crèche, avec son assortissement de Santons et de paille. C'est au contraire l'histoire parcelllaire d'un homme qui a appris, lors de lointaines périgrinations, l'art de parler aux animaux. Par les mots. Des mantras, des formules, des conjurations, des sons. Et c'est ce que découvre le gamin qui est monté sur l'âne. Pas seulement les animaux, d'ailleurs, puisque le "meneux" sait aussi parler au plantes et qe le gosse découvre, monté sur cet âne, un jardin et un verger bruissant de couleurs et d'odeurs. Magique.

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