Against the Day Thomas Pynchon (A Contre-Jour)



- Continuant à relire Pynchon, chaque fois un peu plus impressionné, si la chose est possible. Toutes les connections que j’avais manqué à la première lecture. Au moins pour un faible esprit comme le mien. M’apercevant enfin, même si je le soupçonnais déjà, que cet arbre touffu cache une simple forêt, une simple recherche : la lumière. Dans toutes ses manifestations, dans toutes ses contradictions – pardon, dans toutes NOS contradictions. Quand Against The Day est sorti en France, Manu m’a assuré que les gens en parlaient. Mais qu’en ont-ils dit ? Vraiment, que peuvent-ils en dire ? Ceci dépasse tellement la littérature française... Rien que la traduction du titre : A Contre-Jour. Je m’y attendais, franchement. Le jeu de mots facile, quelque chose qui plairait à un éditeur. Mais ce n’est pas un roman de Sagan, merde ! Ce n’est pas un roman, d’ailleurs. Ce n’est pas non plus une épopée, C’est indéfinissable, ou peut-être dans le futur. Mais s’il y a un coté indéniable, c’est celui d’être d’un manifeste. 

Ce n’est pas A Contre-Jour. C’est Contre le Jour. Against the Day ! La lutte pour et contre la Lumière. Pourquoi croit-on que le méchant capitaliste s’appelle Scarsdale Vibe ? Pourquoi Estrella devient-elle Stray ? Pourquoi le Kiselhburg Kid, deuxième du nom, s’appelle Reef ? Pourquoi Maxwell et Newton reviennent-ils au continu ? Maxwell est connu pour ces travaux sur l’électricité, comme Newton pour la gravité, mais l’un comme l’autre étaient surtout occupés d’optique. La Lumière, le passage, la mécanique de la Lumière. Sans parler de ces nitrates d’argent qui recevaient la lumière en négatif, et dont il fallait révéler le coté positif par des procédés demandant la patience et l’inaction d’un alchimiste – la quète particulière de Merle (Blackbird) Rideout, et peut-être même de sa fille Dahlia, à la chevelure flamboyante, qui entretenait une relation particluière avec la foudre...

On peut aussi concevoir l’anarchisme, dont il est beaucoup question, comme étant Contre le Jour. Une façon de nier cette aube du XXième siècle et son éclairage urbain qui s’est fait au prix de tellement de tueries, de grèves réprimées dans le sang, de révolutions avortées, d’espoirs et de désespoirs aussi changeants et incertains que l’éclairage d’une bougie.

Pynchon multiplie les références et incidences à la lumière comme il le fit en d’autres temps avec V, ou avec Gravity's Rainbow.

« I want to know light » Roswell was confessing « I want to reach inside light and find its heart, touch its soul, take some in my hand whatever it turns out to be, and bring it back.”

C’est tellement génial ! Je le relis, je sais où je suis : Bolivie, Argentine, Panama. Et en même temps j’ai le sentiment de passer par d’autres dimensions, ou pour le dire autrement, d’autres conceptions de ce qu’est l’espace-temps.

Changer notre façon de penser, changer notre conception du monde. Pynchon est un pionnier d’un futur possible, désirable. D’un développement de notre esprit dans des directions que nous avons jusque là un peu trop négligées. Voire complètement ignorées.




 

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