The Orenda de Joseph Boyden


«. C’est un livre puissant, dérangeant. Au XVII ième siècle, un épisode de la guerre entre Hurons et Iroquois, après la venue des Européens, qu’il appelle « Iron People », le Peuple de Fer. En l’occurrence un jésuite français et la dévastation qu’il amène, tant par sa parole que par ses maladies. Ecrit à trois voix, le jésuite, un chef huron et une captive iroquoise.

Puissant est certainement l’adjectif qui me vient en premier, le même que j’ai eu en lisant « Three Days Road » (le Chemin des Ames), mais cette fois-ci il est question de femmes et de croyance, la rencontre de deux cosmogonies différentes, irréconciliables. un livre beaucoup plus vaste dans son appréciation du monde. J’ai eu du mal à accrocher, mais c’est qu’un des protagonistes est justement ce missionnaire et me mettre dans la tête d’un missionnaire est la dernière chose dont j’aie envie. 

Je dois dire qu’il le fait très bien. Son livre est extrèmement bien construit. On a un face-à-face entre Bird et Christian, la différence de croyance et de façon de vivre. Entre Bird et Snow Falls, le parricide et les frères ennemis, entre Snow Falls et Christian, l’attirance sexuelle à travers les races et les interdits. Un Huron, un Français, une Iroquoise. Un prisme particulier dans lequel le lecteur se prend, se perd, cherchant ses propres sympathies et antipathies, cherchant à choisir son camp. 

Le missionnaire prèt au martyr ? La captive dont le père adoptif est l’assassin de ses parents ? Le chef de guerre, qui cherche à venger les siens, qui voit le vent tourner et son monde disparaitre ? 

A vrai dire, au delà de sa recherche de reconnaissance pour les peuples amérindiens, de volonté de rétablir l’Histoire au delà de la vision des vainqueurs – ce en quoi il a toute ma sympathie - il a écrit un très beau roman d’aventure. Bien meilleur que « le Dernier des Mohicans » qui est de toute façon une scie indigeste, mais qu’on fasse taire cet âne bavard de Hawkeye !

Joseph Boyden est un sang-mêlé, comme nous tous, et il tire sa richesse de toutes ses racines, pas comme nous tous. The Orenda, comme Three Days Road, sont des livres qu’on garde longtemps en mémoire. Qui nous interpellent par son questionnement sur ce qui définit l’humain. Il montre les différences mais cherche les ponts. Three Days Road parle de deux jeunes Algonquins qui se retrouvent soldats de l’armée canadienne pendant l’enfer de la première guerre mondiale. Comment pourraient-ils comprendre une telle absurdité, un tel manque de respect pour la vie, eux qui sont nés chasseurs et ne prennent de la forêt que ce que la forêt donne? Il n’y a plus un seul arbre sur pied autour de Verdun... 

Boyden pose les bonnes questions, celles qui dérangent. La cruauté, l’amour, l’amertume, la dépendance, la vengeance. Ce qui fait de nous des humains ? Ce qui nous rassemble.

 


 

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