Le Quart Nikos Kavvadias


. Le quotidien de marins grecs embarqués dans des vieux cargos faisant du cabotage de Marseille jusqu'à Shangaï, dans les années cinquante. C'est ordurier, c'est superbe. C'est obscène et merveilleux, sordide et éthéré. Je n'ai jamais lu un texte qui, à ce point, nous jette d'un même élan dans la boue et nous projette dans les étoiles. Kavvadias est un poète très populaire en Grèce, dont c'est le seul roman, si on peut appeler ça un roman. Discussions entre marins qui parlent de femmes. Les putes, les mères, les soeurs, toutes confondues dans une adoration qui tient autant de l'amour que de la haine, et le quotidien des marins subissant la mer plus qu'ils ne la subliment.

Puissant, dérangeant. La fraternité des hommes de mer, partageant un même destin foireux, de Barcelone à Port Saïd, de Colombo à Hong Kong. Les tempêtes, l'alcoolisme, cette si nécessaire bonté et ce désir de rédemption qui trouve bien peu d'écho dans leurs vies malmenées au gré du roulis et des maladies vénériennes. Kavvadias fait sans cesse tourner sur la table les deux faces d'une même médaille, qui ne se décide pas à tomber d'un coté ou de l'autre. Il en résulte une superbe ode au vivant face à l'élémentaire, aussi scabreux soit-il, ainsi qu'un appel vers d'autres horizons, aussi spirituels que temporels. M'a rappelé cette sentence d'Anita Conti : "Il y a trois sortes d'hommes : les vivants, les morts, et ceux qui marchent sur les mers."

 

 

 

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