Cosmos Carl Sagan

 


   Ce que j'aime chez Carl Sagan, c'est son enthousiasme. Il voit le progrès comme une droite ligne, la connaissance scientifique comme une forme de messianisme où on n'a même pas besoin de messie pour y croire. Il a la plus grande admiration - comme moi - pour des grands esprits comme Eratosthène, Kepler, Newton ou Einstein, et il a sû garder ce coté merveilleux de l'enfance, ou plutôt cette faculté à s'émerveiller que nous n'aurions jamais dû perdre. Quand il regarde le ciel, il a des étoiles pleins les yeux.
    Il raconte dans le détail son expérience pour la conception des sondes Voyager et Viking, la première fois qu'un artefact humain a effectivement atterri sur une autre planète. Sa fascination pour Mars vient autant de ses lectures de jeunesse, Burroughs et Wells en tête, que de sa propre recherche sur la signification de la vie dans l'Univers. Où et comment ? Il ne s'intéresse pas au pourquoi. Ce qui le passionne, ce sont les interactions qui ont amené la vie sur Terre. Ces simples molécules, formant des êtres de plus en plus complexes, jusqu'à arriver à cette belle machine qu'est l'homme, capable de réflexion. Capable de comprendre d'où il est issu.
    Ce n'est pas pour autant une nouvelle forme d'humanisme. Sagan est persuadé que la vie s'est développée dans tout l'Univers et que les probabilités que nous soyons la seule espèce scientente sont simplement grotesques. Il ne va pas jusqu'à le déclarer, mais pour lui, la vie est un principe premier, comme la gravité ou l'électricité. La base fondamentale du vivant est le fait de quelques nucléoïdes qui peuvent se retrouver n'importe où dans l'Univers. Carbone, Oxygène, Hydrogène, il n'en faut guère plus et ce sont les plus simples éléments de ce monde. L'horloge n'a pas besoin d'horloger. La vie nait spontanément et s'adapte immédiatement à son environnement.
    Sa lecture est passionnante, sans doute parce que lui-même est passionné. Il a ces traits un peu naïfs, où il imagine le premier homo erectus découvrant le feu, et comment le domestiquer. Un autre où il tient le journal de bord d'un vaisseau interstellaire. De fait, cette capacité à se projeter tant dans le passé que dans le futur fait toute la richesse de ce livre. En particulier comment il relie les époques et les connaissances, passant d'Empédocle à Giordano Bruno, d'un mathémacien grec à un horloger hollandais, d'Aristarque de Samos au Polonais Copernic.
    Il est l'acteur privilégié d'une aube nouvelle, quand l'homme prend enfin le chemin des étoiles. Il a véritablement cet esprit d'exploration qui a amené les hommes à armer des bateaux pour des rivages inconnus, mais pour lui ce sont des planètes. Sa description des lunes de Jupiter, les questions qu'elles posent, les réponses qu'elles donnent, ont une dimension poétique indéniable. Voilà quelqu'un qui savait rêver.


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