Still Life with Woodpecker Tom Robbins (Nature Morte avec Pic-vert)




     Il pleut à verse et Tom Robbins vient de mourir (à 92 ans quand même, comme quoi l'herbe conserve. A moins que ce ne soit cette liberté de ton qu'il a mis en toute chose) J'ai posté son obituary, un article du Guardian d'un journaliste qui connaissait son oeuvre de façon aussi extensive que moi. J'ai lu tous ces romans, plutôt deux fois qu'une. Half asleep in frog pajamas reste mon préféré parce que c'est à la fois le plus loufoque et le plus profond. J'étais étonné, en le lisant, à quel point j'étais d'accord avec ce qu'il disait. Une philosophie tranquille, mais puissante, attirante. Epicurien, bien sûr, même s'il puisait à toutes les sources.

    Un imaginaire fabuleux, comme quand un invalide en chaise roulante (il n'est pas vraiment invalide. Il a été maudit par un sorcier en Amazonie. Il ne peut plus toucher le sol du pied) fait écouter du Zappa à un couvent de bonnes soeurs en Syrie.
    Un écrivain d'une impressionante culture qu'il distribue au hasard de ses tours de roue, ses tours de magie. Avec de plus une plaisante amoralité dans ce pays ou le clivage good guy / bad guy régit toute dialectique. Sérieusement, pour qui aime lire, ses romans sont un régal. Une narration vive et entrainante, pas loin du langage parlé. Des métaphores qui lui auraient valu d'être considéré comme poète par les Aèdes d'Islande. Certaines profondes, d'autres hilarantes. Me souviens entre autres de : he had more fun than an electric eel in a public bath. Il s'est plus marré qu'une anguille électrique dans un bain public.
    Qui me fait encore rire. Un esprit fantasque, sans doute pourquoi il n'a jamais été pris au sérieux comme écrivain, ce qu'il serait certainement le premier à revendiquer. Pour moi, c'est pourtant un écrivain important qui savait ce qu'il y a de sagesse dans le rire et de tristesse dans la gaité. et plus encore sur le discours, la méthode du discours. Quelqu'un qui savait vraiment narrer :
I'm descended from a long line of preachers and policemen. Now, it's common knowledge that cops are congenital liars, and evangelists spend their lives telling fantastic tales in such a way as to convince otherwise rational people that they're factual. So, I guess I come by my narrative inclinations naturally.
    Still Life with Woodpecker est l'histoire d'amour impossible entre une princesse en exile et un terroriste aux motifs imprécis, tous deux rouquins, même complexion, pris dans un imbroglio ou même l'IA la plus chiadée se perdrait. Il a dans l'idée de faire sauter quelque chose, elle ne sait pas comment perdre sa virginité et ils se rencontrent sur cet agenda plutôt fumeux. Je ne vais pas en parler, à découvrir par vous-même. Et la princesse est vraiment le personnage principale, comme d'ailleurs dans beaucoup de ses livres. Dans Even the Cow-Girls Get the Blues, là encore un bon souvenir de lecture, le personnage principal est une fille qui fait du stop avec un pouce surdimentionné qui lui permet de traverser les USA d'est en ouest et du nord au sud sans soucis. Qui rejoint un ranch uniquement tenu par des femmes. (Ils ont fait un film avec Emma Thurmann dans le rôle. Pas traumatisant. j'espère que cela lui a rapporté de la thune.)
Je n'ai pas souvenir d'un seul de ses romans qui m'aient déçu, même les premiers, même les autres. Villa Incognito était un OVNI pour moi. Quelque chose d'inconnu, une différente perspective. Je crois que c'est vraiment ce qu'offre au lecteur les bouquins de Tom Robbins : une différente perspective. Et je suis toujours reconnaissant à un écrivain qui me fait rire. De ce point de vue, Tom Robbins arrive au Paradis en surfant et St-Pierre le salue au passage.

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