The Air-conditionner Nightmare Henry Miller( Le Cauchemar Climatisé)


Pas vraiment enthousiaste, pas plus qu'en lisant The Colossus of Maroussi. Et pourtant Miller réveille en moi tout une part dormant depuis trop longtemps. La part métaphysique, qu'elle vienne de l'Orient ou de l'Occident. Il cite Ouspensky comme Krishnamurti, flirte avec les Théosophes, parle de Swedenborg comme de Knut Hamsun. Comme s'il vivait dans un stade supérieur de conscience, de compréhension du monde. Un type qui a toujours accordé du crédit au mythe de la caverne, et je le suis là-dessus. Il y a d'autres réalités, d'autres conceptions du monde, d'autres manières de concevoir le monde, dans le sens de le recréer. Ce que disait Malraux : l'Artiste n'est pas le transcripteur du monde, il en est le rival.
    Et c'est vraiment le rôle de l'artiste que questionne sans cesse Miller, sur différents plans. Dans ces deux livres, il a cessé son délire monomaniaque (ce que je déplore, quelque part. Il n'est jamais aussi puissant, aussi décoiffant, que dans les deux Tropiques) pour un questionnement existenciel sur la nécessité de l'art pour élever l'humain au-delà de la force brute et la cupidité. Ce qui est tout à fait étonnant pour un homme qui professait une forme d'anarchisme puisée dans toutes les sagesses du monde. Et là, au milieu de sa vie, dans le contexte de la deuxième guerre mondiale qui vient d'éclater, ce séjour en Grèce et son retour aux USA l'amènent à revisiter complètement sa vision du monde.
    Miller parle surtout de rencontres. Il y a quelque chose dans ces journaux qui ressort de sa lecture de Gurdjieff, Rencontre avec des Hommes Remarquables. Il soupçonne toujours qu'il y a plus que ce qu'il voit. There is more than meet the eye. Une autre dimension, une autre façon d'être. Le chirurgien peintre, le devin arménien, le poète grecque. Tous ont ce supplément d'âme. Tous possèdent cette capacité à s'extraire, à se recréer. Henry Miller, quelles que soient ses dons et connaissances, était un être éminement enviable, simplement parce qu'il n'a jamais sû ni voulu résister au coté merveilleux de ce monde. En première lecture, je l'avais classé dans la catégorie des fils de pute sans foi ni loi, ce qui en faisait un personnage presque Nietzschéen, au-delà du bien et du mal. Le relisant maintenant, je m'aperçois que j'avais oublié son coté magique, cette croyance sincère qu'il avait dans d'autres niveaux de conscience, de connaissances auxquels il pourrait accéder. Auxquelles il a accédé.
    Pour moi, Henry Miller est un génie. Dans le sens de celui qui surgit de la bouteille, pour peu qu'on la frotte dans le bon sens. Il y a chez lui une urgence à faire de vous autre chose qu'une vilaine caricature de ce que vous êtes, qui dénonce une réelle bonté - dont il serait le premier à se défier. Indéniablement une forme d'espoir, une sorte d'énergie qui fuse dans ses mots, on a envie d'y croire. Même dans cet avatar assagi, qui se méfie de ses propres jugements dans un monde en plein chaos, il y a en lui une telle puissance de pensée, un tel souffle, qu'on finit par être emporté par ses enthousiasmes.


 

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