Sweet Caress William Boyd (les ViesMultiples d'Amory Clay)


     Ce n'est pas sa première "fausse autobiographie" et celle-ci est plutôt réussie, vraiment plaisante à lire. Comme Jim Harrison, c'est dans ses personnages féminins qu'il se réalise le mieux. "Restless" reste un de ses meilleurs bouquins, et on va dire que "Solo", la commande qu'on lui a faite d'un James Bond est une erreur de casting qu'on préfère oublier (encore que c'était plutôt mieux écrit qu'un Ian Fleming).
    J'aime bien William Boyd. Son premier bouquin, "Our Man in Africa" est absolument hilarant. "Ordinary Thunderstorms" est un de mes préférés, l'histoire de ce cadre devenu clochard pour échapper aux conséquences de ce qu'il venait d'apprendre. Le texte est de qualité, les analyses sont fines, et il y a quand même cet appel, ce coté page-turner que donne le roman policier ou d'espionnage. Il me rappelle un peu Perez-Reverte en Espagne, qui lui aussi parle belle langue et intrigues subtiles.
    Il y a chez Boyd une plaisante humanité, à laquelle il est facile d'adhérer, se reconnaitre. La photographe de "Sweet Caress" est plus qu'aimable. On a envie de la connaitre, tant quand elle avait trente ans à Paris, qu'à soixante-dix dans cette île en Écosse. Une femme intéressante, ayant vécue une vie riche.
    On trouve souvent chez lui une sorte de nostalgie d'autres vies, d'autres temps, qu'il n'aurait pas vécu pour d'évidentes raisons. Une projection qu'il est capable de faire sur des gens d'un autre genre et d'une autre époque. Ce qui, en soit, est déjà un don extraordinaire. "The New Confessions" était un autre essai à une fausse autobiogaphie, plutôt réussie là encore.
    Là aussi un personnage passionné de photo. Le privilège d'un auteur, c'est de pouvoir parler de sa passion sans retenue. Comme Irving dans toute son oeuvre nous parle de lutte et d'ours, William Boyd aime la photo, c'est indéniable, de préférence en noir et blanc. Et il est assez discursif et plaisant pour nous la faire aimer aussi, même en noir et blanc ! (Il y a trois caméras HD sur mon futur smartphone, celui que je rêve d'acheter, l'ambition de toute une vie)
Le premier roman que j'avais lu de lui, "The Blue Afternoon", un homme vieillissant en quête de paternité, m'avait bien accroché. Une forme d'humanité dans laquelle j'arrive facilement à me reconnaitre. Un peu à la Camus, le type qui a de l'indulgence pour son prochain. Une certaine forme de bonté, aussi suranné ce terme soit-il devenu.
    L'humour en plus, un plaisir évident à jouer avec les mots, vraiment un bon écrivain, capable de raconter des belles histoires. Boyd me fait penser à ce que disait Darwin à la fin de sa vie : plus rien ne l'intéressait, pas même la musique, sinon la romance. Il formulait le postulat (toujours le scientifique, n'est-ce pas ?) qu'un roman se devait de bien se terminer, d'être toujours conduit par un personnage totalement aimable et il ajoutait : "Tant mieux si c'est une jolie femme".
"Sweet Caress" de William Boyd, répond parfaitement à ces critères.


 

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