l'Eau et les Rêves Gaston Bachelard
J'ai commencé la lecture du Bachelard. C'était vraiment un poète, cet homme. Comme Neruda, Pablito, un poète naturel. Il commence avec un "nous" académique, puis passe rapidement au "je", ne pouvant pas s'en empêcher. Je le lis lentement parce que chez lui chaque mot compte, comme s'il laissait échapper de sa main des pierres, des rubis, des pépites, et qu'il faille bien les regarder une à une avant de concevoir leur ordonnancement. Un amoureux de la langue et des sons, un être éthéré cherchant sans cesse à se raccrocher à la matière, de peur de s'envoler. Quelques lignes de lui suffisent pour m'amener un sourire ou me mettre les larmes aux yeux. Et le substrat de tout ce ruissellement, de ces gemmes qu'il fait glisser d'une main à l'autre, c'est cette primordiale bonté qui fait qu'on écoute ce qu'il dit avec le sentiment qu'un tel homme ne saurait se tromper dans son jugement. Le rêve, chez lui, est la simple respiration de l'âme. La manière dont il l'associe à la nomenclature d'Empédocle et à la conception du monde d'Héraclite en fait le plus moderne des présocratiques. Le seul, à vrai dire. La Psychanalyse du Feu se voulait un ouvrage théorique, ambitieux. Il a abandonné toute prétention dans l'Eau et les Rêves, se contentant de laisser aller sa pensée dans le sens du courant, juste une main effleurant l'eau, sentant les forces en présence. Sa lecture est un régal, quand on s'aperçoit que ses commentaires sont encore plus poétiques que les citations qu'il en fait. l'Eau et les Rêves reste mon préféré, sans doute parce que c'est son élément de prédilection, là où il peut le mieux exprimer son penchant.

Commentaires
Enregistrer un commentaire