Smoke Bellew Jack London


     L'aventure avec un grand A, dans le Klondike comme il se doit. Des scènes extraordinaires, des courses de traineaux fantastiques, des fortunes qui se gagnent et se perdent en une nuit. Surprise Lake, dont le fonds est pavé d'or, mais aucun humain ne peut survivre à la plongée. Les deux hommes encordés à l'à-pic d'un glacier et doit-il couper la corde pour que l'autre survive ? Les arnaques de taille cosmique entre les habitants de Dawson (où tout se paye en or).
    Aucun doute que London avait lu " L'Essai sur l'Art de la Fiction" de Stevenson. De ce point de vue, c'est impeccable, en plus d'être très bien écrit. Découpé en chapitres qui sont autant de nouvelles (probablement pour les envois aux magazines), et c'est vraiment dans les nouvelles qu'il excelllait.
Ce personnage de Kit "Smoke" Bellow, bourgeois intello de San Francisco qui se trouve pris dans un défi dans le Grand Nord, et découvre qu'il aime ça. Diamétralement opposé à Martin Eden, le prolo qui recherche la culture et la bonne société, Smoke s'endurcit à chaque pas dans la neige, ayant l'intention de se dépenser et de se dépasser. Chaque chapitre raconte une histoire dont il est le héros, qui grandit de plus en plus dans l'estime de son entourage, dont une charmante jeune brune, plus sauvage et intrépide qu'une Indienne, la première à l'avoir traité de chichacho, pieds-tendre à son arrivée.
    On sent le travail alimentaire, il écrivait comme un damné et toute recette était bonne à prendre. Mais c'est Jack London, un conteur-né qui, en plus, sait de quoi il parle. Ecrit bien après the Call of the Wild, mais toujours cette vivacité des descriptions, cettte fascination pour le sauvage et les paysages cahotiques du Grand Nord. Un London de la grande cuvée, dont j'ignorais l'existence, et que je me régale à lire. Les arnaques sur les oeufs ou cette ville-fantôme ! Absolument hilarants.
    - Suis allé marcher sur la corniche, toujours un plaisir avec un Mistral qui se lève, le ciel qui s'étire et la mer qui moutonne. Veste à l'épaule, le soleil devant moi et le vent qui me poussait derrière. Arrivé au Roucas, j'ai pris le 83 qui m'a benoitement ramené sur le Vieux Port, où j'ai pris un café en continuant de lire Smoke Bellew. Je suis au bord de la mer et en même temps dans la neige jusqu'aux genoux, crapahutant dans les montagnes du Klondike à la recherche d'un abri ou d'un gibier. Une jeune squaw m'a libéré de sa tribu (Toujours épouser la fille du chef !) et nous errons en cherchant cette passe vers l'ouest qui doit nous ramener dans le bassin du Yukon, loin de nos poursuivants.
    Quand j'arrive à être dans deux endroits différents en même temps, cette forme d'ubiquité que seule donne la lecture, je reconnais la qualité de ce que je suis en train de lire. Jack London m'a transporté dans un endroit où je ne mettrais jamais les pieds, même avec un flingue sur la nuque, ma boussole pointant toujours vers les tropiques. Mais un tel pouvoir d'évocation, d'invocation, nous fait perdre tout sens cardinal. Et pourtant, Nom de Zeus, il faut trouver cette passe vers l'ouest !
Il y a même un Kurt, Heart of Dakness, un Écossais qui ne veut plus rien savoir de la civilisation et fait reigner sa propre loi sur la tribu. Dont les colères sont légendaires, surtout quand il apprend que Smoke s'est tiré avec sa fille. La boulette. La fin est belle et tragique, à la fois comique et romantique. Oui, je sais, c'est difficile à obtenir, mais il y arrive sans effort. Comme je l'ai dit déjà, Jack London est un conteur-né, c'est à dire quelqu'un capable de gérer toutes les contradictions de son récit d'une simple tournure de phrase. Un prestidigitateur des mots, ou un magicien, si l'on préfère.
    Fabuleux. Je disais que c'était un travail alimentaire, but no way, Josey. Je pense qu'avec Smoke, il a réellement concrétisé un personnage de fiction, comme il y a un Arsène Lupin un ou Sherlock Holmes. De cette dimension. Entre les arnaques aux oeufs, les combines à la roue et à la ville-fantôme, le type a oublié d'être stupide. En plus d'être beau gosse, en pleine possession de ses moyens. On n'a pas de doutes que le pied-tendre finira par épouser la fille du chef.
Pour moi c'est un magicien, nul doute. J'ai souffert de la faim dans les hauteurs glacées pendant que mon amoureuse mourait d'inanition à mes cotés et quand je me suis réveillé, mon vieux pote Shorty, que je croyais mort, me nourrissait morceau par morceau pour que je n'étouffe pas. Le tout assis paisiblement dans le tram me ramenant vers chez moi, me demandant justement ce que je comptais manger pour mon déjeuner. Du surgelé ? Nan, pas aujourdhui.


 

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