Temps Glaciaires Fred Vargas


    En train de relire "Temps Glaciaires" avec toujours autant de plaisir. Ce sont ces petites touches qu'elle met dans sa narration, les tics, les manières, la façon de dire. On sent qu'elle aime ça, cette archéologie des usages de la langue. Elle aime bien les personnages de vieilles dames indignes, leur donnant à chaque fois un parler particulier. Ses flics sont juste impossibles, d'autant plus souhaitables. Danglard l'encyclopédie vivante, Adamsberg le limier insaisissable, Violette en statue de Minerve. Ils sont trop beaux pour être vrais et c'est certainement pourquoi on les aime. Si seulement les vrais pouvaient leur ressembler !
    Fat chance. Vargas articule toujours ses romans entre une enquête policière et une recherche historique sur des sujets qui appellent à l'imaginaire : la peste dans "Pars vite et reviens tard", les vampires dans "Un lieu incertain", la Mesnie Hellequin dans " L'armée furieuse", les loups-garous dans "L'homme à l'envers". Dans celui-ci, il est question de la révolution française, en particulier la chute de Robespierre, la fin de la Terreur. Oh, et d'un esprit qui vit dans un îlot au nord de l'Islande, un furlaganga qui trouble tellement Adamsberg qu'il finit par faire le voyage. On apprend beaucoup, pas seulement de Danglard l'encyclopédiste. J'aime cela dans ses livres, un coté didactique qui ne dit pas son nom, quand Adamsberg questionne sans chercher à mémoriser.
    De ce personnage, elle a réussi à faire une définition de ce que nous ne sommes pas, mais que nous gagnerions beaucoup à être. Incertain dans ses définitions et ses intuitions, craignant toujours de choquer ou de faire mal, avançant à pas comptés vers une vérité qu'il n'est pas sûr de vouloir révéler. C'est subtil, presque indécelable, la manière dont elle nous amène peu à peu à saisir la situation dans son ensemble, à comprendre enfin de quoi il est question.
    Et comme elle aime manier la langue ! Les idiotismes québécquois dans "Sous le Vent de Neptune", le parlé normand dans "La Chasse Furieuse" ou celui des Alpes dans "L'Homme à l'Envers". Elle a une oreille absolue en ce qui concerne les expressions françaises et elle se régale à nous les décliner. Je crois que ce que l'on ressent en lisant ses romans, c'est le plaisir qu'elle-même a pris à les écrire. Il y a une forme de jubilation dans son écriture. Aucune douleur, elle se régale à rajouter une touche de bonté à Danglard, d'humanité à Noël, de nostalgie à Adamsberg. Lire Fred Vargas est autant un plaisir qu'une curiosité. On se demande toujours où elle veut en venir, mais on n'est pas pressé d'y arriver. Le chemin vaut autant que le but, surtout en si plaisante compagnie.


 

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