Everyman for Himself and God against All Werner Herzog (Chacun pour soi et Dieu contre tous)
J'ai toujours été fasciné, tant part son oeuvre que par le personnage. Je dois dire que je suis servi. Un casse-cou total, et la question du masochisme se pose sérieusement quand il parle de ses diverses blessures, sans parler de devoir se coltiner Klaus Kinsky sur plusieurs films. Etrange symbiose entre ces deux-là, vu que Kinksy était totalement cinglé et que Herzog le connaissait depuis son adolescence à Munich. Il savait parfaitement à quoi s'en tenir sur le personnage, et il a plusieurs anecdotes savoureuses (ou horrifiantes) à raconter.
Ce que j'en retiens jusque là, c'est l'idée d'un homme qui vit jusqu'au bout de ces questionnements, qui ne se refuse rien pour réaliser ses visions. Il y a quelque chose d'un génie chez cet homme, celui qui surgit de la lampe quand on la frotte. En l'occurence une caméra et les images qui en sortent. Qui possède aussi un grand sens de l'amitié, et c'est peut-être ce qui caractérise le plus ses films : une équipe de techniciens de haute volée qui travaillent autant pour la perfection que par amitié. Coeur de Rubis, où les acteurs sont sous hypnose. Le documentaire sur la grotte Chaubet. A chaque fois des challenges, autant physiques qu'intellectuels, filmant dans des conditions extrêmes, et surtout filmant ce que personne n'aurait pensé à filmer avant lui. Cette vision particulière, cette immédiateté dans le regard quand il voit le cadrage dans le paysage.
Bien sûr, c'est lui qui se décrit et on peut mettre un bémol sur ses affirmations, mais même comme cela, quelle vie extraordinaire ! Quelle volonté d'aller de l'avant, d'essayer de nouvelles techniques, aller à la rencontre de nouveaux paysages ! Une stupéfiante boulimie de vie pour un homme par ailleurs mince et austère. Il m'a fait penser à cette phrase de Kafka où il écrit qu'il s'amaigrit dans toutes les directions pour se focaliser sur son écriture. Quelqu'un d'habité. Dans sa bio, il parle de films dont j'ignorais le premier mot. Il en a tant fait ! Pour moi, c'est Aguirre, bien sûr, Fitzcarraldo et Cobra Verde, les films faits avec Kinsky. L'énigme de Gaspar Hauser. Mais tous ces documentaires passionnants comme celui sur les grottes préhistoriques, avec sa voix off dans un anglais précis, presque hypnotisant.
Il dit qu'il a connu enfant les rémouleurs, les crieurs de rue, qu'il a eu le privilège de voir de tels drastiques changements dans les sociétés et les techniques. À 94 ans, il peut se permettre ce genre de remarque, mais ce que démontre sa filmographie, c'est le regard particulier qu'il a eu sur ces changements, hors de l'Histoire officielle. Ne serait-ce que pour cela, son témoignage est sans prix. Un regard particulier, sans concessions, mais avec en plus une acuité et un sens du merveilleux qui amène vraiment une vision différente de ce dont le monde est fait. Je suis épaté.
Je finis de lire sa bio et je me fais une cure de Werner Herzog, dans le désordre. De préférence dans le désordre.

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