La Horde du Contrevent Alain Damasio
Absolument subjugué par ce bouquin, vraiment ce que j'ai lu de plus puissant depuis longtemps. De plus poétique aussi. Un monde en soi. Catalogué science-fiction, ce qu'il est, stricto sensu, puisqu'il s'agit de science inconnue, donc fictionnelle. Mais c'est bien plus. Cette quête métaphysique qui dure depuis des siècles, qui envoie horde après horde vers l'Amont. Ce monde régit par le vent. Damasio arrive à en faire une épopée, comme une sorte de Sysiphe qui envoie vague après vague de hordes pour trouver l'extrême-amont, là où le vent se génère. Celle-ci est la 34 ième, possiblement la dernière. Toutes les autres ont échoué.
- Toujours dans la Horde. On a dépassé Norska. On a perdu du monde, et à chaque fois c'est un déchirement. C'est qu'on a appris à les aimer, ces gens qui luttent contre le vent. Golgoth la volonté suprême, Oroshi l'aéromaitresse. Sov le scribe, Silamphre le charpentier, Alme la soigneuse. Tous ont un rôle dans la horde. Callirhoé est la feuleuse, celle qui peut faire un feu sous n'importe quelle condition. Plus de vingt ans qu'ils marchent ensemble dans cette quête insensée vers l'Extrême-Amont, là où nait le vent. Difficile de parler de ce livre tellement il est dense, intense. Des passages homériques, des moments de tendresse, des idées extraordinaires sur le temps et le vent. Cette quête métaphysique de savoir à quoi s'attendre là-bas, puisque personne n'a réussi jusque là. Ils sont la 34 ième horde, une quête qui dure depuis des siècles, qui a sa liturgie, son clergé, ses lois. Ils sont la tête baissée, qui avance malgré tout, de tout un monde qui subit le vent destructeur, qui attend des réponses.
- "Toujours dans la Horde." C'est ce sentiment, en lisant ce livre, qu'on en fait partie. On souffre avec eux et on soupire comme eux quand enfin apparait une embellie. On se prépare pour un nouveau combat, un Survent, un chrone destructeur ou un puissant ennemi. Les duels sont d'une extraordinaire densité et s'articulent dans le temps et l'espace. Même ce splendide duel de mots entre Caracol et le moine.
Les sonorités des noms, du bestiaire, des différentes techniques pour apprivoiser le vent, m'ont fait penser au Bourgeon du Cycle de Cyan. Mais comme il y a antériorité, c'est plutôt Bourgeon qui est allé puiser dans cette mythologie. Une poétique affirmée, une féminisation des mots tout aussi souhaitable, une langue riche et diverse. Des intonations celtes, juste cette pointe de magie qui la rend aussi désirable que possible, et c'est volonté obtuse d'avancer encore et toujours à contre-vent.

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